LA BIOÉTHIQUE À L’ÉPREUVE DES NOUVELLES TECHNOLOGIES EN SANTÉ. 17 novembre 2016

Olivier JONQUET, Université de Montpellier, CHU Montpellier

A la fin des années 1970, au début des années 1980, dans la poussée des extraordinaires progrès biotechnologiques, les techniques d’assistance médicale à la procréation ont été appliquées à l’homme. Le décryptage du génome humain a ouvert la possibilité d’en modifier les caractères. La révolution informatique a modifié notre regard sur la manière d’envisager la vie et le soin au patient. De manière paradoxale, le développement des soins palliatifs à cette époque n’est peut-être pas anodin.

Il n’est pas inutile de rappeler que les lois bioéthiques, à l’origine programmées pour encadrer les techniques d’assistance médicale à la procréation ont, de fil en aiguille, amené, par une réflexion plus globale, à la révision des lois informatiques et libertés par le fait que des fichiers étaient nécessaires pour tracer, répertorier les gamètes et les embryons générés. Au delà de l’aspect purement technique, les discussions ont porté sur le statut de l’embryon : chose ou personne ?  Les gamètes, l’embryon étant des « produits du corps humain », la réflexion s’est étendue aux greffes d’organes et les modalités d’attribution des greffons. On est passé de la « loi sur la bioéthique » aux « lois bioéthiques ».

Plus près de nous, les débats sur l’utilisation de cellules souches issues d’embryions humains, du liquide amniotique ou des cellules pluripotentes induites ont pour motif les espoirs que donnent la médecine régénératrice pour remplacer une fonction ou un organe défaillants. Ce débat est ravivé par les modifications génétiques sélectives apportées par les techniques CRISPR-Ca9, les « ciseaux d’ADN », qui permettraient de modifier un génome humain ou bactérien. A quelles fins ? On pourrait aussi évoquer toute la littérature actuelle et parfois les fantasmes sur « l’homme augmenté », sans oublier l’attitude à avoir chez les personnes en fin de vie.

 La relation médecin-malade s’est aussi trouvée modifiée avec l’apparition des différents moyens mis à leur disposition.  La contemplation du scanner, de l’IRM ou de l’échographie a remplacé l’examen clinique. La nécessaire traçabilité amène à regarder l’écran de l’ordinateur plutôt que le patient. Le téléphone portable s’insinue dans le colloque singulier.

En fait, de quoi s’agit-il ? Il s’agit de l’homme (et de la femme) qui n’est pas un moyen, il (elle) est une fin en soi. Il (elle) est vulnérable. La connaissance, la technique et sa mise en œuvre sont à son service et non pas l’inverse. Une visée bonne passe par le crible de la norme (Paul Ricoeur). L’acte de soin est d’abord une relation humaine qui passe par le regard.  Respecter une personne, n’est-ce pas d’abord la regarder avec attention (respicere). Ce qui est techniquement faisable doit-il être fait ou permis ? Un homme ça s’empêche, disait Camus. Au plan collectif, la réflexion des comités est utile dans la foulée des éthiques de la discussion (Habermas, Ricoeur), du contrat (Rawls). Il n’en reste pas moins que ce que la société permet dans le cadre et la limite de la loi  peut et doit continuer à se discuter au plan éthique. Tout ce qui est légal n’est pas nécessairement éthique. 




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